L'expérimentation
- karinecanadas
- 16 juil.
- 3 min de lecture
C'est en forgeant que l'on devient forgeron...Paraît-il ? En effet, la pratique nous apporte une meilleure appréhension de son art, que ce soit la peinture, la poterie, la musique. Que l'on soit débutant, amateur ou même professionnel, la création d'une œuvre, d'un objet demande des connaissances techniques, mais est-ce suffisant ?
Dans les écoles d'art, dans les associations où l'on peut prendre des cours avec un professeur expérimenté, les bases d'apprentissage sont nécessaires. Cela évite la frustration d'une peinture dite "ratée" ou d'une assiette qui éclate à la cuisson, d'un vêtement trop large et asymétrique... Toutes ces heures qui peuvent amener à l'abandon de la pratique. Toutefois même en connaissant la technique de base, rien de ne vaut l'expérimentation, la palette des possibilités étant infinie, pourquoi se limiter ?
En effet dans la pratique, peindre en essayant toutes les approches à notre portée, aide l'artiste à se trouver, à rencontrer la matière, à lui parler dans son modelage. Que ce soit du tissu, de l'acrylique, de la pâte à modeler, la matière parle sous nos mains, se transforme, nous surprend, nous déçoit. Dans ses choix de gestes, de couleurs, de contraintes, de formats, l'artiste découvre alors dans quels domaines il se sent plus à son aise. L'aquarelle, le pastel, le stylo, le pinceau, le pouring... Mais que recherche celui qui expérimente ?
Recherche-t-il le beau ? Les sensations de bien-être ? L'envie de plaire à son entourage en prouvant que l'on fait de belles choses ? Le besoin d'admiration quand on réussit quelque chose ? Ou au contraire l'expérience qui reste intime, comme un moment isolé du monde, dans sa bulle, sans rien attendre ou presque ?
L'expérimentation, c'est la vie qui s'écoule en nous et devant nous. Sans expérimentation, nous risquons de nous priver d'échouer, de réussir, de découvrir cette autre-chose. C'est dépasser nos limites, nos croyances. Quand l'artiste découvre un style qui lui convient, qui semble plaire, comme une identité graphique, cela ressemble à un accomplissement. Toutefois, celui-ci peut rapidement s'enfermer dans un style. En effet, les galléries, les collectionneurs ou acheteurs risquent de "bouder" un autre style, moins connu ou vendeur. Combien d'artistes se sont essayés à autre chose, sans jamais percer, car trop éloigné de ce qui les avait mis en couverture de magazines ?
L'amateur n'aura pas cette difficulté, mais pourra se mettre en danger s'il n'expérimente pas autre chose que le connu. L'inconnu nous amène toujours plus loin dans cet abandon - confiance à la vie et ses multiples facettes. Beaucoup d'artistes restent incompris dans leur message par le grand public, voir ses amis ou famille. Mais est-ce important finalement ? Avaient-ils besoin d'être compris ou simplement aimés en tant qu'artistes dans leurs différences et leurs moyens de s'exprimer ?
Vivre les expériences avec amour nous éloigne de la monotonie, des habitudes, d'une technique qui nous rassure, mais qui finit par ne satisfaire que notre ego, mais qu'en dit notre âme, notre cœur ? La vie est riche dans les possibilités qu'elle nous offre et nos limites souvent mentales nous empêchent de sauter en parachute sans savoir si celui-ci s'ouvrira. Que pouvons-nous apprendre si nous n'osons pas sortir de nos schémas, clichés, performances ou croyances ?
L'artiste peut se lancer des défis et en faire un style, un mouvement suivi par d'autres artistes. C'est toujours nouveau et souvent en réaction à un autre mouvement. Ainsi fonctionne le monde de l'art, rebondissant dans la révolution du style. Mais qu'est-ce qui change réellement dans ce "contre" ou dans une "réaction" soit disant anti-conformiste ?
Quel est le chemin qu'un artiste choisit de prendre pour expérimenter la vie, la sienne et l'offrir à l'autre ?
Ainsi, l'expérimentation est la chance pour tous, c'est en vivant son art que nous-nous rencontrons profondément, indépendamment de la béquille qui nous sert à avancer ou exister. Nous sommes l'œuvre qui se façonne dans la maturité des chemins empruntés, bons ou moins bons. À nous dans notre conscience, d'en tirer avantage pour grandir et s'épanouir dans cette vie et pourquoi pas, celle d'après.
Notre esprit enregistre toutes les expériences, disque dur de notre âme. Le beau est une intention loin d'un résultat graphique et esthétique. La conscience nous guide dans le labyrinthe des choix. Alors pastels, acryliques ou fusains, peu importe le médium si l'amour des arts donc de la vie émane de l'artiste et de ses oeuvres.



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