Préparation d'une exposition
- karinecanadas
- 18 avr.
- 3 min de lecture
Une exposition ne s'improvise pas, même si elle naît d'une inspiration soudaine ou longuement mûrie, rien n'arrive au hasard. La création ou l'impulsion se donne en amont, un rêve, une idée, un échange lors d'un repas et la graine se plante. Après, il faut l'arroser, dans un collectif, la réservation d'une salle donne le ton, le choix d'un thème qui alimente des échanges, des recherches, des questions. Le temps semble lointain avant l'accrochage des tableaux.
Le doute s'immisce souvent chez les artistes lors de la création des œuvres, lors du choix à faire, entre des anciennes peintures que l'on aime, des nouvelles qui semblent meilleures. Parfois, une peinture est évidente puis quelques mois plus tard, l'hésitation, le manque de confiance, le besoin d'être rassuré nous fait douter. Est-ce que cette toile semble adaptée ? N'ai-je pas évolué dans mon style ? Suis-je dans le thème ? Heureusement, le collectif est accompagné, guidé, orienté par un professeur d'art bienveillant et attentif aux aventuriers amateurs.
Les to-do-listes s'allongent, les messages défilent, les questionnements sur les tarifs, le nom des tableaux, la police d'écriture des titres, le vernissage, n'en finissent pas.
Ces échanges construisent en fait l'exposition, car ils permettent une communication, des liens dans les choix à vivre ensemble. Certains sont tête en l'air, d'autres s'impatientent, mais au final tout le monde se présente lundi matin la voiture chargée de matériel.
Chacun des exposants a des attentes plus ou moins conscientes, vendre ou ne pas vendre, l'avis des passants ou des connaisseurs, la visibilité de leur tableau préféré, l'expérience d'être ensemble une fois de plus, la joie qui nous unit.
Une salle, c'est un lieu vide aux murs blancs qui attendent. Si la disposition des tableaux est importante dans l'harmonie, c'est beaucoup plus l'harmonie entre les artistes qui se reflètent dans le choix des tableaux et l'enchaînement de ceux-ci. Les peintures sont le reflet du cœur de l'artiste, une image lisible ou invisible du peintre, ses états d'âme, sa maturité, ses recherches. Un tableau seul ne signifie pas beaucoup, mais une demi-douzaine en raconte beaucoup plus. Montrer des toiles, c'est exprimer un certain talent, mais c'est aussi se mettre à nu. L'œil qui regarde ne voit pas que des couleurs et des formes. Il est rattaché au ressenti d'un être. Celui-ci va justement s'imprégner de l'ambiance, liée à l'agencement, à l'entente du collectif, à l'harmonie ou la disharmonie du groupe. Si un être n'est pas en accord avec les autres, cela se ressent par les plus sensibles et altère leur expérience de la visite. Si au contraire chacun trouve sa place alors le visiteur dès les premiers pas va se sentir accueilli.
En fait, beaucoup de facteurs jouent sur ce qu'un collectif d'artiste peut proposer. Si l'intention est de partager le plaisir d'une passion, de valoriser les cours pris ensemble ou au contraire de se faire voir, alors le visiteur n'aura pas toujours la même expérience.
Le choix de la musique est une part importante, afin qu'elle enveloppe l'exposition, les oeuvres, les artistes et visiteurs sans surplanter. C'est un savoureux équilibre et plus nous sommes conscients dans le coeur et plus nous sommes ouverts à acceuillir l'autre dans sa présence et différence.
C'est peut-être trop subtil pour certains, mais pour d'autres, c'est une évidence.
Nous sommes tous acteurs dans un collectif, que ce soit pour une exposition, une association de musique, une entreprise de réparation de vélo ou la création d'une école. Si nous ne sommes pas alignés avec la même vraie intention intérieure, l'expérience peut être réussie ou au contraire un vrai fiasco et nous perdre dans une illusion de réussite, mais à quel prix ? Pour une exposition d'une semaine, les conséquences ne sont pas dommageables, mais pour une entreprise, c'est une autre histoire.
Ainsi vivre en conscience la préparation d'une exposition n'est pas aussi simple qu'une liste de tableaux, des crochets et une affiche. C'est un travail pour trouver l'intention commune et libérer les petites punaises laissées sur le sol qui peuvent blesser sans toujours le voir. Les egos doivent se plier à la volonté d'un groupe pour ne pas entacher la bonne marche des couleurs.
Avec la bonne volonté, tout est possible et les limites sont repoussées quand la communication et l'écoute s'installent entre les acteurs.
Cette exposition fut une belle réussite, une aventure humaine et artistique riche en rencontres et chacun aura grandi dans ses choix, ses questionnements, ses remises en question.



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